[SFE/Sarah Freres] Changements fréquents de la réglementation à la SNCB = danger !?

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« Sur le rail, les changements fréquents de réglementation fatiguent les conducteurs et leurs instructeurs
La Libre Belgique Liège, Jeu. 07 fév. 2019

Ces dernières semaines, près d’une vingtaine d’instructeurs de conducteurs de train ont arrêté de délivrer leurs formations aux élèves comme aux agents déjà en service.
En cause : des changements trop fréquents de la réglementation en vigueur. Ce mouvement de grogne interne n’a duré qu’une dizaine de jours mais témoigne d’un malaise au sein de la société ferroviaire. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’action est menée. “Depuis cinq ans, le règlement change sans arrêt. On ne s’y retrouve plus. Certains changements sont imposés par l’Europe à Infrabel (le gestionnaire de l’infrastructure, NdlR) , d’autres par Infrabel et d’autres par la SNCB. La dernière version, entrée en vigueur en décembre, est un vrai torchon. Rien n’est clair. Et certains points de la réglementation nous semblent dangereux pour la sécurité, témoigne Stéphane, un instructeur de train. On a l’impression que tout est fait pour que les trains roulent. À tout prix. Or, parfois , la sécurité nécessite qu’on s’arrête pour prendre des mesures appropriées avant de redémarrer. Résultat : on vise la ponctualité au détriment de la sécurité.”

Métier “pavlovien”
Les craintes de Stéphane sont partagées par les conducteurs. “On ne comprend pas ces changements incessants et les instructeurs qui ne savent toujours pas nous les expliquer. Et on ne peut pas se fier aux personnes qui rédigent la réglementation : ils ne savent pas nous éclairer non plus ! Le problème quand ça bouge sans arrêt, c’est qu’on ne se rappelle pas toujours la bonne procédure. Il m’arrive de rentrer chez moi et d’étudier parce que j’ai peur de faire une connerie au travail. C’est très stressant”, déplore Mathieu, 18ans d’ancienneté. “La récurrence des changements entraîne une lassitude, ce qui peut engendrer une méconnaissance de la réglementation. Or les voyageurs comptent sur nous. Il m’est déjà arrivé de l’étudier avant un examen et qu’elle change entre-temps”, surenchérit Jean, conducteur depuis huit ans. Par sécurité, il roule toujours avec son carnet de dépannage et sa réglementation. En cas de doute, il appelle un instructeur. “Ce n’est pas très grave mais si ça ne changeait pas tout le temps, ça n’arriverait pas. Être conducteur est un métier pavlovien qui repose sur des réflexes”, poursuit Jean. “On avait demandé aux syndicats de se mobiliser pour stabiliser tout ça mais ils n’ont pas obtenu gain de cause”, martèle Jonathan, en service depuis 11 ans. Et de pointer du doigt, au-delà des changements, la lourdeur de certaines procédures administratives. “Par exemple, si des feuilles cachent un panneau de signalisation, on doit déterminer si c’est accidentel (la branche est tombée de l’arbre) ou naturel (les feuilles ont poussé) et remplir un formulaire différent. Pourtant, le résultat est le même : on ne voit pas le panneau !”

Cohabitation entre papier et numérique
D’après la SNCB, les formations, “récurrentes et continues”, suivent les adaptations de la législation. De son côté, Infrabel rappelle que la réglementation est le garant de la sécurité. “Elle est la même pour tous les opérateurs qui roulent sur notre réseau et que nous rencontrons souvent. Bien évidemment, le but n’est pas de rendre la tâche plus complexe pour le plaisir”, répond Arnaud Reymann, porte-parole d’Infrabel. Quant à la lourdeur de certaines procédures, le gestionnaire de l’infrastructure l’explique par la période de transition entre le papier et le numérique. “Nous sommes en pleine mutation digitale et de nombreuses procédures reposent encore sur le support papier. Ces deux systèmes doivent coexister tant que nous ne serons pas numérisés et paperless à 100 %. Donc oui, à ce niveau-là, nous sommes à la croisée des chemins”, concède le porte-parole. Ainsi, la conduite d’un train est numérisée.
En revanche, les procédures de départ (gérées par la SNCB) et celles pour les franchissement de signaux (gérées par Infrabel) ne le sont pas. Les deux entreprises devront collaborer sur cette mutation numérique, histoire de ne pas compliquer la tâche de cheminots visiblement démunis. »
S.F.

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